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Le long chemin des vitamines


Le gouvernement fédéral vient de ressusciter pour la énième fois le processus législatif devant permettre l'enrichissement volontaire des aliments avec des vitamines et des minéraux. Cela se fait ouvertement en Europe, outrageusement aux États-Unis. Mais au Canada, le débat ne fait que commencer... depuis 13 ans!



Le long chemin des vitamines
La première fois que Santé Canada s'est lancée dans une révision de la Loi sur les aliments et drogues afin de permettre aux entreprises agroalimentaires de donner un petit boost à leurs produits, c'était en 1998. Il a fallu sept ans d'études et de consultations pour accoucher d'une politique «d'adjonction» précisant les nutriments autorisés, les concentrations ne risquant pas d'affecter négativement la santé et la liste des aliments exclus, dont la viande, les fruits et les légumes frais.

Discutée pendant quatre années supplémentaires, la politique s'est perdue dans les dédales de l'administration fédérale. L'automne dernier, ses propres auteurs la donnaient pour morte. Il faut dire qu'un tollé s'est fait entendre au Canada anglais quand il est apparu clairement que les transformateurs auraient toute la latitude voulue pour enrichir même la malbouffe. La ministre de la Santé n'a pas apprécié.

La victime n'aura cependant pas mis beaucoup de temps pour recommencer à respirer. À vrai dire, elle n'a jamais vraiment manqué d'air. Les entreprises agroalimentaires ont trouvé le moyen de contourner la vieille législation en inscrivant leurs aliments comme produits de santé naturels, une catégorie qui inclut les vitamines et les suppléments. Il leur suffit alors de faire la preuve de l'innocuité, de la qualité et de l'efficacité du produit pour qu'il se retrouve sur les tablettes régulières des détaillants. Il peut même y trôner pendant que la demande est traitée.

Des eaux vitaminées, des jus enrichis et des barres tendres se sont ainsi frayé un chemin jusqu'aux consommateurs, qui doivent s'attarder au numéro de produit naturel (NPN) inscrit à l'avant de l'étiquette et à la liste des vitamines et des minéraux ajoutés, qui se trouve à l'arrière, pour comprendre de quoi il en retourne.


Ouverture réclamée

Ce n'est donc pas une surprise si une nouvelle consultation sur la pertinence et la meilleure façon d'augmenter artificiellement la valeur nutritive des aliments a été tenue à Toronto cette semaine. «Ça se fait pareil. Les entreprises ont compris les faiblesses», remarque Paul Boisvert, coordonnateur des activités de formation et d'éducation de la Chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval. Il faisait partie de la soixantaine de participants (fonctionnaires, scientifiques, entreprises et groupes de défense des consommateurs) appelés à donner leur point de vue.

Sans surprise, les entreprises réclament une ouverture pour tous les produits afin d'encourager l'innovation constatée en Europe et aux États-Unis et de répondre à la demande des consommateurs, qui aiment bien que leurs aliments fassent plus que leur remplir la panse. Chez nos voisins, les vitamines et les minéraux peuvent se retrouver n'importe où, dans des boissons gazeuses, des sauces, des saucisses et même des croustilles.

«En tant qu'industrie, nous supportons une approche basée sur la science et le risque», résume Justin Sherwood, président de Refreshments Canada, dont relève l'Association des embouteilleurs de boissons gazeuses du Québec. C'est qu'il faut minimalement s'assurer que la consommation de chaque nutriment ne dépasse pas les limites recommandées.

Exclure des aliments

Suzie Pellerin, directrice de la Coalition sur la problématique du poids, croit pour sa part que certaines catégories d'aliments devraient être exclues d'office de la politique, la malbouffe au premier chef. «Il ne faudrait pas maquiller des produits et les rendre plus attrayants en ajoutant des vitamines», ce qui encouragerait les mauvais comportements alimentaires, souligne-t-elle.

Les groupes de défense des consommateurs rejettent également l'idée de reproduire artificiellement des aliments naturels. Que l'eau imite le lait, par exemple, ou que des boissons contenant du sucre et des arômes de fruits deviennent des clones de jus fraîchement pressés. «Pour moi, ce sont des aliments Frankenstein [frankenfood] au même titre que les OGM [organismes génétiquement modifiés]», dit Paul Boisvert.

Celui-ci plaide également pour un meilleur étiquetage et un bon ménage dans les allégations santé tant qu'à y être. «Il ne faut pas induire le consommateur en erreur. C'est ça, la clé.»

Quelques éléments déjà enrichis au Canada

Farine : vitamines B, fer, acide folique

Lait et margarine : vitamine D

Sel : iode

Jus : vitamine C, calcium

Boissons de soya : vitamine D, calcium

Céréales : thiamine (vitamine B1), riboflavine (vitamine B2), niacine, fer, acide folique

Pâtes : thiamine (vitamine B1), riboflavine (vitamine B2), niacine, fer, acide folique

Lait et céréales pour bébés : fer

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20/11/2009


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