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Le carême est-il mauvais pour la santé ?

Depuis moins d’un mois, les catholiques sont entrés en Carême. Une période de privation de nourriture pour beaucoup d’entre eux. À l’occasion du Ramadan pour les musulmans ou avant le Cavadee pour les Tamouls… le jeûne est omniprésent dans les religions. Bénéfique pour l’âme, est-il néfaste pour le corps, notamment lorsqu’on a une santé fragile ? Éléments de réponse.



Le carême est-il mauvais pour la santé ?
POUR LES MUSULMANS : “CELUI QUI EST MALADE NE DEVRA PAS JEÛNER”

L’islam est la religion la plus précise dans ses textes en matière de jeûne. Dans le Coran, sourate 2 (verset 183-185), on peut ainsi lire : “Ô les croyants ! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindriez vous la piété, pendant un nombre déterminé de jours … Ces jours sont le mois du Ramadan au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement. Donc quiconque d’entre vous est présent en ce mois, qu’il jeûne !” Pour les responsables religieux, cela signifie que le “jeûneur” devra s’abstenir de manger, de boire et d’avoir des relations intimes avec son épouse de l’aurore au coucher du soleil. Et après le coucher du soleil jusqu’a l’aurore, il a de nouveau le droit de manger, boire et d’avoir des relations. “L’objectif du jeûne du Ramadan est que l’instinct spirituel prenne le dessus sur l’instinct animal. Au travers du jeûne, je dois devenir un meilleur époux, un meilleur fils, un meilleur voisin… Que je ne me laisse plus guider par la colère ou les instincts bestiaux…”, explique Mohammad Bhagatte, imam de la grande mosquée de Saint-Denis. Mais pour ceux qui ont un état de santé fragile, à l’image des diabétiques et autres femmes enceintes, le Coran autorise une forme de “dérogation” au jeûne : (sourate 2, verset 183-185) “Mais pour ceux qui ne pourraient le supporter qu’avec grande difficulté il y a une compensation : nourrir un pauvre. Et si quelqu’un fait plus de son propre gré, c’est pour lui. Mais il est mieux pour vous de jeûner, si vous saviez ! … Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu’il jeûne un nombre égal d’autres jours.” Mohammad Bhagatte tient à rappeler que “l’islam tient compte de la nature humaine, si quelqu’un est malade, ce n’est pas de sa faute. Celui qui est si malade et que le docteur recommande qu’il ne doit pas jeûner car cela mettrait sa santé en péril ne devra pas jeûner. Si sa maladie persiste, il offrira une aumône en échange de son jeûne. De même pour la femme enceinte ou une personne âgée”.

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POUR LES CATHOLIQUES : “LA QUESTION DE LA NOURRITURE EST SECONDAIRE”

Le Carême est une période de jeûne de quarante jours que l’Église a instituée en référence aux quarante jours de jeûne effectués par Jésus-Christ dans le désert mais aussi en référence à la durée de quarante jours du jeûne de Moïse avant la remise des Tables de la Loi. Pour autant, il n’est pas précisément recommandé de jeûner dans les textes bibliques. La seule référence que l’on peut trouver se situe dans l’Évangile selon Saint-Luc, chapitre 12 verset 29-31 : “Et vous, ne cherchez pas ce que vous mangerez et ce que vous boirez, et ne soyez pas inquiets. Car toutes ces choses, ce sont les païens du monde qui les recherchent. Votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt le royaume de Dieu. Et toutes ces choses vous seront données par-dessus.” Au départ, les catholiques ont observé cette période de Carême en se nourrissant exclusivement de pain et de fruits secs. À partir du VIIe siècle, le jeûne consiste à ne prendre qu’un repas quotidien en fin de journée et à s’abstenir de toute nourriture les jours du Vendredi et du Samedi saints. Mais les prescriptions de jeûne se sont relâchées très vite. Selon le frère Arnaud Blunat, curé de la cathédrale de Saint-Denis, l’église catholique demande désormais aux fidèles de “se priver de viande uniquement le mercredi des Cendres et le Vendredi saint”. La tradition de manger maigre (c’est-à-dire de s’abstenir de viande et de plat à base de graisse animale) se perpétue le vendredi. À la Réunion, de nombreux catholiques observent en plus ce régime durant quarante jours. “Les gens se focalisent sur la nourriture. Mais c’est avant tout un temps de partage avec les autres, de prière avec Dieu et aussi un effort sur soi-même, son comportement, son caractère. Il me semble plus important d’essayer de pardonner à quelqu’un que de ne pas manger de viande. La question de la nourriture est secondaire”, insiste frère Arnaud Blunat. Pour lui, les recommandations doivent s’adapter à notre époque : “Le Carême n’a pas la même signification aujourd’hui dans notre société de consommation. On va par exemple éviter d’aller au spectacle, de regarder la télévision pendant quatre heures, de fumer et boire de l’alcool… C’est laissé à l’appréciation de chacun. Ce que l’Église demande, c’est un effort constant. À aucun moment, il n’y a des recommandations pratiques.” Quant aux personnes âgées, enfants et malades, ceux-ci ne sont pas tenus de respecter le jeûne. “Un diabétique, ne doit absolument pas contrevenir à sa santé”, soutient frère Arnaud Blunat.

POUR LES TAMOULS : “CHACUN EST LIBRE”

Dans la religion hindoue, le jeûne est omniprésent. Les textes religieux ne sont pas aussi explicites que dans le Coran mais le Gîta (écrit fondamental de l’hindouisme tiré de l’enseignement de Krischna) livre l’esprit du carême. “Dans les chapitres 17 et 18, il est demandé d’abandonner à l’être suprême ce que l’on aime le plus. C’est le principe du carême, explique le Swami Adwayananda, prêtre hindou responsable de l’ashram du Port. Ce qu’on appelle carême, c’est un contrôle des sens pour nous. Et c’est le sens du goût qui est le plus sollicité, le plus difficile à contrôler.” Il existe trois sortes de nourritures aux yeux de la religion tamoule : le tâmasika, dont les effets ont d’endormir l’individu, tels que la viande ou l’alcool ; le ragisika, censé éveiller les sens, à l’image des épices ainsi que le sâttwika qui permet de conserver un équilibre de l’individu, tant au niveau spirituel que physique. À la Réunion, lorsqu’on rentre en carême hindou, on arrête le tâmasika pour le remplacer par le ragisika. Il existe plusieurs temps de jeûne chez les pratiquants. Tout d’abord, avant de se rendre au Temple, il est recommandé de faire un carême de trois jours. Mais aussi pour préparer les grandes cérémonies (marche sur le feu, Cavadee…), les croyants peuvent jeûner. “Il n’y a pas de période absolue, chacun est libre de faire selon ses traditions familiales. Cela peut aller d’un mois à trois jours”, précise le responsable de l’ashram du Port. Selon lui, “le carême a un but de purification. On sacrifie ce qu’on aime à Dieu. Mais on ne se limite pas à la nourriture. Les autres sens sont concernés. Par exemple, on va écouter de la musique classique plutôt que du rap ou regarder des films religieux à la place de films violents”. Et d’insister sur le fait que le jeûne n’a pas qu’un “intérêt physique”, “c’est surtout un contrôle de soi qui permet une élévation spirituelle afin de parvenir au nirvâna, l’union entre l’individu et l’absolu”. Chez les Tamouls, comme dans toutes les autres religions, la faiblesse des corps est prise en compte. “Les enfants, les personnes âgées et les malades doivent adapter le carême à leur état de santé. Ce ne sont pas des textes obligatoires mais plutôt des guides. Chacun est libre”, rappelle le Swami Adwayananda.

Marie Payrard
http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=239031&page=article

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20/11/2009



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