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« A la lumière d’un siècle » Recueil d’écrits journalistiques 1992-2006

Les Éditions Porte d’Anfa publient à titre posthume « À la lumière d’un siècle », recueil d’écrits journalistiques d’un ancien ambassadeur marocain, Aïssa Benchekroun. Diplomate à la retraite, l’auteur de ces articles n’a eu de cesse d’écrire à partir de 1992 dans un souci obsessionnel d’apporter un témoignage sur une époque déterminante des relations internationales. Sa franchise et son ardeur tranchent singulièrement avec la retenue et la langue de bois qui prévaut au sein de la Carrière. Ces lignes traduisent des prises de position sans équivoque sur le soi-disant nouvel ordre mondial, sur le désordre mondial orchestré par la politique étrangère américaine, sur la question palestinienne, le devenir de Jérusalem, l’Islam et l’Occident, le concept tant galvaudé de démocratie, le statut de la femme et le rôle des médias. Sa fille Zeinab a assuré la mise en forme éditoriale des écrits réunis dans ce livre ; Mohammed Kenbib, professeur à l’Université Mohamed V de Rabat, en a rédigé la préface.



« A la lumière d’un siècle » Recueil d’écrits journalistiques 1992-2006
Sur « le Nouvel Ordre Mondial » :

Il s’agit d’appréhender, après la chute du mur de Berlin, le passage d’un « ancien ordre mondial » à un « nouvel ordre mondial » où règnent désormais la mono-polarité et l’alliance impérialio-sioniste à base judéo-chrétienne. La redistribution des cartes est manifeste. Par exemple : la France et l’Espagne, instigatrices de l’EUROFOR, briguent le commandement du Sud de l’Europe et démontrent ainsi le retour à des vieilles stratégies. L’auteur analyse les quatre fléaux du vingtième siècle : le Colonialisme, le Sionisme, le Fascisme et le Communisme qui nous lèguent, en gage de continuité, le phénomène du Terrorisme. Il rappelle que 2004 est le centenaire d’un triste accord : l’entente cordiale en 1904 entre la France et la Grande-Bretagne sur le sort du Maroc et de l’Egypte. Il se penche sur l’Impérialisme attribué à la Droite et constate que l’Impérialisme de Gauche est encore plus féroce et s’efface aujourd’hui devant un « mondialisme » dangereux. L’OTAN, orpheline avec la disparition de l’« ogre communiste », se cherche un nouvel adversaire avec, en filigrane, des préoccupations mercantiles. L’Australie joue au gendarme de l’Asie, avec le soutien des grandes puissances occidentales. Il tente de comprendre les mobiles de certaines alliances telles que Turquie-Israël, Algérie-Afrique du Sud ou encore l’entente russo-chinoise pour bloquer le processus de paix au Kosovo. Il ne manque pas de relever que l’élargissement du Conseil de Sécurité est une farce puisque les dés sont pipés depuis longtemps pour maintenir ce nouvel hégémonisme du 21ème siècle. Il s’interroge sur ce qu’est devenu le mouvement des Non-alignés à l’occasion de la conférence de Jakarta 2005. Ce chapitre clôt sur le 11 septembre 2001 qui marque le 21ème siècle d’un souvenir sanguinaire, triste et révoltant.


Sur le « désordre mondial organisé par la politique étrangère américaine » en particulier :

La riposte des Etats-Unis à l'attentat du 11 septembre prend l’allure d’une vengeance cruelle, inhumaine et indigne d’un pays civilisé. Qui est ce président cow-boy qui lance la guerre en Irak contre l’avis de son pays, des autres peuples du monde et de la plupart des grands chefs d’état ? L’auteur analyse la dernière trouvaille de la politique étrangère américaine : le Grand Moyen Orient. Elle révèle le véritable dessein de ce pays : détruire pour construire, choisir pour les autres ce qui est bon et ce qui ne l’est pas et faire diversion par rapport au vrai problème du Moyen-Orient qu'est la Palestine. Israël n’en fait pas partie car elle est peut-être considérée comme un modèle économique, social et politique !!! Pour comprendre les agissements actuels des dirigeants américains, il remonte aux origines violentes de la naissance des Etats-Unis. Il constate amèrement qu’ils sont déterminés à engendrer une guerre totale : après l'Afghanistan, l'Irak, la Palestine affamée à cause de ses choix démocratiques, ils lorgnent sur la Syrie et l'Iran. Dans son islamophobie, l'administration américaine, poussée par les néo-conservateurs et ses alliés sionistes, est lancée dans une politique folle et criminelle dont on ne voit pas l'issue.

Sur les Arabes, les Juifs, les Palestiniens et les Israéliens :

Ce chapitre démarre par une interrogation : faut-il, parce qu’il y a eu un « sommet » de l’horreur (l’Holocauste), considérer les autres horreurs comme relativement supportables et s’abstenir de les dénoncer (purification ethnique de Sarajevo par exemple) ? Un article datant de 1994 est une réponse à la « Lettre à un ami Arabe » d'André Chouraqui pour rappeler que les prétentions juives à la possession exclusive de la terre de Palestine sont absurdes et inacceptables et qu'on ne peut dénier aux Palestiniens le droit fondamental à une nation. Une lecture du livre de Tanya Reinhart explique que les dirigeants israéliens ne font que terminer la guerre de 48 : occupation militaire, annexion, nettoyage ethnique et expulsion en masse des Palestiniens, avec une stratégie de « négociations sans fin » et une immunité assurée. Les Arabes ne sont pas en reste : ils feraient mieux de se débarrasser de leur complexe de supériorité, d'arrêter de s'appesantir sur un passé glorieux, d'accepter les critiques et d'inventer un nouveau langage pour consolider le front arabe. L’auteur ne s’explique pas le silence des afro-américains face au massacre des Palestiniens, eux qui ont combattu les mauvais traitements faits aux Noirs et qui ont soutenu d'autres causes comme l'anti-apartheid et celle de l'Algérie. Il tente de comprendre le point de vue du « Juif ». D’un côté : Attali, le socialiste et scientifique, n'échappe pas à cette tendance de faire du juif un « phénomène unique en son genre », perpétuant « l'exception juive » qui va dans le sens de la terre promise à ce peuple comme compensation de leur long exil. D’un autre côté : Nahum Goldman, une grande figure du judaïsme humain, n’a laissé derrière lui que des « monstres préoccupés à casser de l’Arabe ». En remontant plus loin dans l’Histoire, il relève que la comparaison est saisissante entre le sort des Palestiniens d’aujourd'hui et celui des Moriscos du temps de l'Inquisition. Il se demande où étaient les juifs quand Saladin défendait Jérusalem contre les envahisseurs européens alors qu’ils prétendent ne l’avoir jamais quittée, ni par la pensée ni par les prières et veulent y établir leur capitale éternelle. Il rapporte des extraits de l’histoire juive de Shahak qui permettent d’éclairer sur les mobiles profonds du comportement inhumain des dirigeants israéliens et de la hiérarchie rabbinique, à l’égard de tout ce qui n’est pas juif. Pour revenir à nos jours, les juifs jouent sur l'« antisémitisme » pour maintenir en Occident le sentiment de culpabilité et contrôler toutes les tentatives de critique de la politique israélienne. Pour terminer, la machine infernale israélienne lance encore une fois en 2006 une offensive qui fauche par milliers des vies libanaises et palestiniennes, devant une espèce de neutralité ambivalente des européens et surtout devant les escapades arabes qu’il qualifie de « silence des agneaux ».

Sur l’Occident et l’Islam :

L’auteur rappelle que l'Occident n’a cessé, depuis qu’il a embrassé la Chrétienté et hérité de la civilisation gréco-romaine, d’avoir les démêlés les plus violents avec tous ceux qui ne sont ni européens, ni chrétiens, en particulier avec le monde musulman. Il appelle à un dialogue entre les dogmes pour entretenir le respect et diminuer les tensions internationales. Il expose son rêve (comme Martin Luther King) d’un festival de musique sacrée à Jérusalem dont il propose de confier l’organisation à la ville de Fès. Il aborde l’affaire du foulard « satanisé » qui est réglé par une soi-disant laïcité sur le chemin du retour vers la ségrégation raciale et l’obscurantisme. L’« Islam occidental » est une tentative de l’Occident pour opérer une implosion dans l’Islam, avec l’inconsciente complicité d’un membre éminent de cette communauté (Tariq Ramadan). Il fustige contre les cartoons blasphématoires destinés à déstabiliser le monde musulman sous couvert d'une prétendue liberté d'expression. Enfin, l’auteur note que la « bévue » du pape Benoit XVI (qui a affirmé que la propagation de l’Islam s’était faite par la violence) n'est pas innocente dans le contexte international actuel.

Sur la géopolitique régionale :

Le premier article traite du geste courageux, responsable et digne du président portugais en comparaison de la demande de pardon du roi d'Espagne qui se limite aux crimes commis contre les seuls juifs lors de l'Inquisition. Ce chapitre traite de plusieurs questions concernant l’Algérie : par exemple l'accord militaire avec la France pour conserver une base pour les essais d’armes chimiques qui illustre l’ambition de la clique militaro-FLN de se constituer en super puissance tiers-mondiste. L’auteur propose, pour régler les différents entre les deux frères, de tenter l’expérience de jouer à la paix et peut-être qu'elle s'établira d'elle-même. Quant à l’Espagne, sa mentalité colonialiste invétérée avec un parfum de racisme est trop souvent démontrée : crise de l’'îlot Leïla, silence méprisant à l'évocation de solutions pour régler le problème des présides. Une collaboration entre l’Espagne et le Maroc est néanmoins indispensable pour vider ce vieux contentieux et pour contrer l’« irrédentisme » ambiant qui cherche à provoquer le « choc des religions et des civilisations ». Face à la paralysie actuelle de l’UMA, d’autres alternatives vers les pays du Sud sont ouvertes au Maroc. En fin de compte, l’auteur propose l’« Union du Grand Sahara » pour mettre fin aux guerres de possession fratricides et rendre au Sahara son prestige d’antan.

Sur des questions d’histoire du Maroc :

L’auteur s’intéresse à la pensée de Allal El Fassi et à l’épopée de Abdelkhalek Torres. Il dénonce les assertions de certains historiens étrangers, telles que celles du compte de Saint-Aulaire qui persiste à dire que la colonisation était une « pénétration pacifique de la civilisation » ou plus récemment Pierre Vermeren qui ramène tout autour de l’« héritage de Lyautey ». Il s’inquiète des mobiles qui se cachent derrière le choix de l’alphabet tifinagh pour l’enseignement du tamazight et craint la volonté de discréditer l’union berbéro-arabe religieuse et civilisationnelle qui a résisté aux épreuves du temps et aux interventions coloniales. Il pense que la tentative d’introduire une zizanie entre amazigh et sahraouis n'est qu'une tentative supplémentaire, largement soutenue par l'étranger, de diviser les communautés de ce pays. Il note les liens préservés avec les israéliens d'origine marocaine et leur fidélité aux positions marocaines, notamment sur la question du Sahara. Il s’insurge contre une soi-disant dette du Maroc envers l’héritage juif dans la formation de l’identité marocaine. Il s’intéresse plutôt à certains juifs marocains d'après l'indépendance qui ont marqué leur temps en prenant des positions courageuses. Il présente la figure poignante d’Abraham Serfaty, véritable militant juif marocain anti-sioniste. Il commente le récit de la vie du pacha Glaoui par son fils qui cherche à tout prix à laver les fautes de son père. Il rapporte une anecdote vécue personnellement sur une tentative d’enlèvement de Che Guevara à Casablanca. Ce chapitre ne pouvait pas occulter un personnage qui a marqué ce pays : l’auteur tente, dans une longue dissertation et en toute objectivité, de faire un bilan du règne du défunt roi, Hassan II, en remettant ses actions dans le contexte de l’époque.

Finalement, on peut conclure dans le dernier chapitre que tout est politique :

La domination politique sur le terrain du sport est illustrée par les jeux olympiques d’Atlanta 1996 ou encore le Mondial Germany 2006. Pour les médias : la presse se berce de l'illusion d'être un 4ème pouvoir tandis que les télévisions arabes n’arrivent pas à sortir des pseudo-dialogues pré-arrangés qui passent sous silence les problèmes intérieurs de leurs pays. En matière de religion, les mouvements laïques et l’église sont complices, voir partenaires en Europe et aux Etats-Unis. Pour ce qui est de l’Islam, la laïcité qui est dans l'essence même de la religion, est bannie car elle ne sert pas l'intérêt des gouvernants. Question culture, divers sujets sont traités : de la meilleure manière de lutter contre l’impérialisme culturel ; de l’obsolescence de l’hymne national français aux ingrédients explosifs ; de Karl Marx dont les idées sont d'actualité, mais dont surtout Attali aime rappeler la judaïcité bien que le personnage s'en soit détaché ; de l’élection politique de Mme Assia Djebar à l'Académie Française. L’auteur rappelle néanmoins que dans la liste des exactions de l'humanité, l'homme devrait d’urgence demander pardon à sa moitié : la femme. Pour finir, il se demande si la « démocratie n’est pas qu’une vaste et vague fumisterie politique tout au plus capable de consolider les puissants dans leur puissance et de maintenir les damnés de la terre dans leur damnation ».


Aïssa Benchekroun

Aïssa Benchekroun est né en 1928, au sein d’une famille originaire de Fès. Il a vécu son enfance à Marrakech qui l’a marqué sur au moins deux aspects : il en a conservé le sens de la dérision et le goût pour les anecdotes et il a été marqué par le Protectorat et les collusions du Pacha El Glaoui avec les autorités coloniales. D’ailleurs, il a gardé vis-à-vis de la France une amertume dont il n’est jamais parvenu à se départir. Ayant intégré le Ministère des Affaires Etrangères en 1956, il appartient à cette première génération de fonctionnaires du Maroc indépendant. Pour parfaire sa formation de journalisme, il est envoyé à l’université de Northwestern de Chicago. Au retour, il occupe la fonction de directeur de l’information dans le gouvernement dirigé par Abdallah Ibrahim. Il est chargé d’affaires à l’ambassade du Maroc à Washington, conseiller dans les ambassades du Maroc à Londres, Stockholm et Madrid. Il participe à des moments structurants de l’Ordre Mondial : naissance du Non-alignement, de l’OUA et du comité Al Qods. Il fait un passage à la MAP. Il retourne à Londres, Tunis et Brasilia où il occupe le poste d’Ambassadeur. Il œuvre dans les sessions annuelles de l’assemblée générale des Nations Unies, particulièrement à la commission spéciale qui traite des « affaires spéciales » dont la Palestine et la conquête de l’espace. Diplomate à la retraite, il revient à l’écriture. Il n’a de cesse d’écrire à partir de 1991 jusqu’à la fin, dans un souci obsessionnel d’apporter un témoignage sur une époque déterminante des Relations Internationales. Il publie régulièrement ses écrits dans L’Opinion, puis s’oriente vers la diffusion par internet sur un blog personnel. Passionné par le Web, il renoue avec ses amis de toujours. En témoigne un message que lui a envoyé son ami, le professeur Mahdi Elmandjra : « Ces écrits me permettent de rajeunir et de retrouver Aïssa des années 50 avec sa franchise cinglante que la diplomatie a adoucie mais n’a pas éteinte. Son réveil est beau. Un merci tout simplement d’avoir si bien résisté à l’aliénation culturelle et au mercenariat politique. »

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20/11/2009

Vinci
Ecole Supérieure VINCI BAC+5 Ingénierie Informatique et Télécoms


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